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Samedi 14 janvier 2017, je retrouvais le public du Forum Léo Ferré accompagné d'Angelo Zurzolo. Vu de la scène ce fut un très bon moment, il semblerait que cela ait été aussi le cas vu de la salle d'après les messages écrits, photos et vidéos reçus via mon facebook ou par mail. Les voilà regroupés ici sur une page, que leurs auteurs en soient remerciés comme Gilles Tcherniak qui nous a invité et l'équipe du Forum qui a mis en son et en lumière ce spectacle.

Un billet de Denis Reynaud paru le 15 janvier, 08:22 ·

Salut, les copains
Merveilleux Yvan Dautin ! Comme on le connaît mal ! Il n'est pourtant pas un inconnu total pour le grand public. Il n'a certes jamais été surmédiatisé, ne fait, en général, l'objet d'aucune promotion tapageuse, d'aucun matraquage intempestif, et il serait exagéré de dire de lui qu'il est un chanteur à succès. Mais il compte tout de même à son palmarès une poignée estimable de chansons réellement populaires que nombre de ses collègues pourraient lui envier, et sa notoriété dépasse assez largement le cercle étroit de cette chanson que l'on dit "à texte", faute de disposer d'une appellation plus satisfaisante. "La méduse", "La malmariée", "Les mains dans les poches sous les yeux", "Est-ce que c'est salsa ?", "Boulevard des Batignolles", "Monsieur, monsieur" furent de vrais succès radiophoniques, voire télévisuels. Des tubes, oui, osons le mot ! Il est donc permis de se demander pourquoi les médias et le public n'ont de lui qu'une image aussi réductrice, pourquoi l'étiquette de "chanteur fantaisiste", aujourd'hui encore, lui colle aussi obstinément à la peau.
Il est vrai que ses premières chansons, "La méduse", "Taisez-vous, mangez-vous", "Je nous rotule" expliquent en partie cette réputation tenace. Ces textes loufoques, baroques, qui ne ressemblaient à rien de connu dans l'histoire de la chanson française, ont immédiatement surpris, très agréablement, par leur fantaisie débridée et leur inspiration résolument surréaliste. Il est vrai aussi que ça ne lui déplaît pas, à Yvan, d'être qualifié de "fantaisiste". Il confie même volontiers qu'il aime faire le pitre, voire le con. Et, à vrai dire, il le fait très bien ! On évoque souvent à son propos Bourvil et Boby Lapointe, références prestigieuses qu'il assume pleinement et se garde bien de récuser. Oui, Yvan aime faire le con. Il n'a pas son pareil pour improviser d'étranges chorégraphies proches de la danse des ours, pour faire d'horribles et désopilantes grimaces, pour multiplier les mimiques hébétées, ahuries. Mais comment se fait-il que les mots "fragile", "touchant", "émouvant", "bouleversant" ne reviennent pas plus souvent sous la plume de ceux qui chroniquent ses spectacles ?
Yvan, c'est avant tout une blessure, une infinie mélancolie. Ce qu'il raconte, finalement, n'est que très rarement drôle. C'est même, le plus souvent, sinistre, sordide, révoltant et, de façon générale, l'humanité ne sort pas grandie de ses tableaux réalistes ("La femme battue", "La dame Cendrillon"). Ses chansons d'amour sont presque toujours déchirantes ("N'avez-vous rien à déclarer", "Va-t'en, je t'oublierai"), et la misère, sociale, morale ou intellectuelle, lui inspire des couplets rageurs, d'impressionnantes colères. Un récital d'Yvan, c'est un long cri contre la médiocrité, la bêtise épaisse, l'injustice, l'absurdité de l'existence. Les sanglots ne sont jamais loin. Et pourtant, Yvan fait le con. Par pudeur, pour ne pas pleurer, précisément. L'élégance suprême. La fameuse "politesse du désespoir" ! Ceux qui ont assisté hier à son récital au Forum Léo Ferré, je pense, ne me contrediront pas : solidement épaulé par son époustouflant pianiste Angelo Zurzolo, Yvan nous a offert un formidable moment d'émotion et a su, une fois encore, remuer ce qu'il y a en nous de plus profond, de plus intime, de plus sensible !
Bises, et bon dimanche à tous !

 

 

Quelques photos de Chantal Bou Hanna qu'on retrouve avec beaucoup d'autres artistes sur son site 

 

 Quelques vidéos de David Desreumaux de l'excellente revue Hexagone.

Yvan Dautin - Monsieur William

 

Yvan Dautin - Le nain

Yvan Dautin - Elle est comme elle est belle

 

Yvan Dautin - Un monde à part